Fête du 1er août à Genève
Ginevra, 01.08.2026 — Discours du conseiller fédéral Beat Jans
Vale il testo parlato (questo contenuto non è disponibile in italiano)
Chères Genevoises et chers Genevois, d’ici ou d’ailleurs,
Il est des lieux inspirants. Pour soi, pour une ville, pour un pays. C’est le cas avec le parc et la villa La Grange, que je découvre aujourd’hui.
Alors, avant tout, merci à la Ville de Genève de m’avoir invité ici, pour fêter le 1er août ensemble.
Ce parc est un repère géographique qui nous ouvre bien des horizons : sur le Léman, précieux réservoir naturel, qui rassemble trois cantons et un pays voisin ; sur les toits de la Genève internationale, qui rassemble les nations pour dialoguer et œuvrer en faveur de la paix. La villa La Grange est un repère historique, qui témoigne de la marche du monde, de la naissance du droit humanitaire aux rencontres politiques internationales. Ce parc est surtout le vôtre, depuis que son propriétaire William Favre, politicien genevois et grand voyageur, l’a légué il y a plus de cent ans à sa ville et à sa population. En somme à sa patrie.
La patrie, c’est justement notre référence ce 1er août. Mais que signifie vraiment cette notion ? Est-ce un simple repère géographique ?
Enfant, mon « chez moi » correspondait à l’immeuble où je vivais à Riehen, dans le canton de Bâle-Ville. Cela aurait pu être n’importe où. Depuis que je suis conseiller fédéral, la patrie signifie beaucoup pour moi. En particulier, le fait de pouvoir m’assoir parmi vous, manger un bout, discuter de tout.
Pour le dire autrement : la patrie est partout où l’on se trouve bien.
La patrie est plus qu’un simple lieu. On en prend conscience aussi quand on voyage. Parfois, il faut partir très loin de son pays pour remarquer combien on en est proche. La patrie est une chose familière qui nous sécurise. Une odeur. Un plat. Un train qui arrive à l’heure. Un stylo. Caran d’Ache évidemment… Ou un geste amical qu’on reçoit.
L’écrivaine et exploratrice genevoise Ella Maillart a trouvé d’autres mots : « J’ai dû vivre dans le désert avant de pouvoir comprendre la pleine valeur de l’herbe verte. »
Cette citation prend d’ailleurs tout son sens aujourd’hui, alors que nous attendons la pluie. Car il n’est pas nécessaire de voyager pour se rendre compte qu’avec le changement climatique, notre pays n’est pas épargné.
Chères Suissesses et chers Suisses,
La patrie prend différents sens, qui ne cessent d’évoluer. Elle est faite d’innombrables histoires personnelles. Et la Suisse offre une place à toutes ces histoires. C’est ce qui fait d’elle un pays formidable !
«Switzerland, great since 1291.» C’est, comme on le sait, une formule littéralement portée par notre président de la Confédération Guy Parmelin.
Oui, la Suisse, est devenue formidable au fil de ses 735 années d’existence :
- Au début, il n’y avait que quelques Confédérés de Suisse centrale. Peu à peu, d’autres les ont rejoints. Des étrangers, il faut le préciser, selon le point de vue de l’époque. Ces nouveaux habitants étaient porteurs d’autres cultures, d’autres langues, d’autres histoires qui ont façonné notre pays.
- La nature même de cette ancienne Confédération d’États, sans pouvoir central fort, a poussé les gens à se rapprocher et à s’entendre. Puis l’État fédéral de 1848 a érigé le partage du pouvoir, le compromis et l’équilibre en principes fondamentaux de la Suisse.
- D’ailleurs, un symbole de cette unification nationale trône ici, dans la villa La Grange. Il s’agit de la carte Dufour, première carte officielle de la Suisse, que l’on doit à un Genevois, né en Autriche, et formé en partie en France, à savoir Guillaume Henri Dufour. Un modèle de patriotisme suisse.
- Au fil du temps, nos institutions se sont développées avec notre démocratie directe, notre fédéralisme, notre État de droit qui garantit les droits fondamentaux. Et enfin – enfin ! –, avec le droit de vote des femmes.
- Oui, il y a encore du chemin à faire. En particulier dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Car pour se sentir bien chez soi, il faut pouvoir vivre sans crainte, sûrs de ses droits et de ses libertés.
Mesdames et Messieurs, ensemble, rendons notre pays encore plus sûr.
Chères concitoyennes et chers concitoyens,
Notre patrie, comme repère historique, est une Suisse qui ne cesse d’évoluer, grâce à d’innombrables histoires personnelles, d’ici et d’ailleurs.
Des réfugiés ont contribué à écrire notre histoire, et à forger notre image dans le monde. Des travailleurs étrangers ont œuvré pour la Suisse. Ils ont construit des centrales électriques et des tunnels. Des immigrés ont fait la renommée des montres suisses, ont posé les bases de notre industrie pharmaceutique, ont marqué l'histoire du sport. Nous le savons aujourd’hui : un grand nombre de celles et ceux qui ont rejoint notre pays l’ont enrichi. Comme beaucoup d’entre vous ici. Parfois au prix de grands efforts et de souffrances.
Notre histoire n’est pas celle de l’isolement, mais de la diversité, de l’ouverture au monde et de la cohésion. Cette combinaison a fait notre force. C'est exactement ce dont nous avons besoin. Surtout en ces temps troublés, où tout peut très vite basculer.
C’est précisément là, Mesdames et Messieurs, que nos relations avec nos voisins entrent en jeu. Dans un monde bouleversé, nos institutions reposent sur le respect de l’État de droit, des droits humains et du droit international.
Dans un monde interconnecté, notre sécurité repose sur la coopération, avec les États voisins et l’Union européenne (UE). C’est aussi pour cela que le Conseil fédéral veut stabiliser et développer la voie bilatérale avec l’UE.
Nous ne faisons, certes, pas partie de l’UE, mais bien de l’Europe. La géographie fait de nous des voisins. Genève le sait très bien. L’économie fait de nous des partenaires. Nos valeurs communes font de nous des alliés. L’histoire fait de nous des compagnons de route. Car avec un peu de recul, nous constatons que l’Europe, c’est aussi chez nous.
Chères Européennes et chers Européens,
Le 1er août, un conseiller fédéral parcourt la Suisse. Hier, j’étais à Therwil, dans ma région bâloise. Ce matin, j’étais dans une magnifique ferme à Biembach, dans l’Emmental. Et aujourd’hui, je suis avec vous à Genève, ville ô combien multiculturelle.
Un parcours en trois étapes dans la diversité suisse. Cette diversité nous engage à se respecter les uns les autres, à écouter toutes les voix qui s’expriment démocratiquement, à considérer les divergences d’opinions comme une chance, à faire des compromis et à trouver des solutions pour le bien de toutes et tous. Prenons soin de notre vivre-ensemble, de notre culture politique et de notre démocratie. Même si en démocratie, tout ne se passe pas toujours comme on le souhaite, surtout quand on est conseiller fédéral.
Pour moi, la patrie, c’est encore : le lieu des possibles ; où l’on dialogue ; où l’on a le droit de faire entendre sa voix ; où l’on s’engage.
Chères Genevoises et chers Genevois, d’ici et d’ailleurs,
Quels que soient nos repères géographiques ou historiques, nous fêtons aujourd’hui notre Suisse, qui appartient à toutes et tous. Peut-être que la patrie n’est en réalité pas un endroit, mais simplement la manière dont nous choisissons d’avancer ensemble.
Je vous souhaite, du fond du cœur, une très belle fête nationale.
Merci.
